+33.1.86.95.21.65
créée le 12 / 04 / 2019

Comment valoriser son entreprise ?

Quand arrive le moment de valoriser sa société, c’est quelque part un moment de vérité, d’espoir et de déception. “Les fondateurs ont souvent des estimations de valorisation très élevées, relève Victor Dumortier, managing partner chez Priam Partners, une société de conseil en cession-transmission d’entreprises et en levées de fonds. Un travail doit être mené autour de cette valorisation et confrontée avec les standards du marché que les fondateurs n'ont pas toujours bien en tête.” A leur décharge, il n’existe pas de méthode unique pour estimer correctement une valorisation. Le premier réflexe pourrait être de se fier à un calcul purement comptable : prendre la valeur de l'actif et y déduire le passif. L’écart donne la valeur de l’entreprise quand toutes les dettes sont payées.

Les multiples boursiers ou de transactions

De toutes les méthodes qui existent, deux apportent des éléments comparatifs intéressants et utiles dans la conclusion des négociations, tant dans le cadre d’une levée de fonds que d’une cession. La première, appelée méthode analogique, s’appuie sur le principe des multiples. D’une part, il s’agit d’étudier les entreprises cotées dans le même secteur d’activité et géographique, mais pas forcément de la même taille. Ce sont ce qu’on dénomme les multiples boursiers. “Comme les informations sont publiques, il est aisé de savoir combien une entreprise a été valorisée par rapport à son chiffre d'affaires, son excédent brut d’exploitation ou EBITDA, signale Victor Dumortier. D’autant qu’il est rare de ne pas trouver des entreprises cotées comparables.”.

D’autre part pour les sociétés non cotées, il s’agit de savoir combien un concurrent a été racheté sur les 5 à 6 dernières années, toujours en fonction du chiffre d’affaire ou de l’EBITDA. Ce sont les multiples de transactions. Ils demandent plus de temps car il faut aller chercher l’information qui n’est pas toujours facilement accessible puisque sa diffusion n’est pas obligatoire contrairement aux entreprises cotées. De même, ils s’avèrent plus élevés que les multiples boursiers. Faute de système d’enchères, l'acquisition se réalise avec un montant un peu plus cher que pour une entreprise présente en Bourse.

Dans les deux cas, comme les périmètres d’entreprises peuvent être différents, seule la partie de l'activité comparable, ou proche de l'activité de l'entreprise à valoriser, est prise en compte. “Ensuite, nous déterminons les écarts de valorisation entre les différentes entreprises pour établir une moyenne ou une valeur médiane”, explique le managing partners basé à Paris. Il ajoute : “cette méthode analogique repose sur plusieurs critères qui ne sont pas forcément pris en compte dans la valorisation : la qualité du management et des équipes, la prise de part minoritaire ou majoritaire, la présence ou l’absence du cédant à l’issue de l’opération…”.

Le rôle clé du business plan

La seconde méthode de valorisation repose sur les revenus futurs de l’entreprise : les discounted cash flows (DCF). Il s’agit de regarder le business plan de la société sur un horizon de 6 à 7 ans et d’appliquer un coefficient d'actualisation. Ce dernier va devenir de plus en plus faible à mesure que les années augmentent et que l'incertitude s'accroît. Par exemple, 90% des revenus prévus pour l'année prochaine, puis 80 % des revenus envisagés l’année suivant, etc. “Cette méthode donne régulièrement les valorisations les plus élevées par rapport aux méthodes analogiques, constate Victor Dumortier. Cela tient au business plan qui est souvent beaucoup trop ambitieux de la part du fondateur manager. Ce qu'il espère faire d’ici 5 ou 6 ans, ne se réalise jamais à 100 %.” On peut même parler d’excès d'optimisme. Du coup, les repreneurs doivent challenger ces perspectives d’activités au regard déjà de ce qu'il a pu être fait les années antérieures. “L'intérêt du repreneur n'est pas de payer le plus cher possible ou surpayer”, rappelle l’expert. .

Au final, quel que soit le chiffre ou la fourchette de valorisation de la société, le prix va singulièrement évoluer. Déjà, il faut reconsidérer les éléments de comparaison. Comme l’explique Priam Partners, “à l’heure actuelle, un loueur de DVD ne se compare pas avec Netflix, leurs activités n’ont plus rien à voir”. Ensuite, c’est le type de transaction qui va définitivement orienter sur le prix de vente. “La valorisation est plus élevée lors d’une levée de fonds, indique Victor Dumortier. L’opération vise à faire entrer de l’argent, les managers ne vendent pas leurs parts, et aucun actionnaire sort. Les montants reçus vont alors servir à développer la société.” Ce qui n’est pas le cas d’une cession. Là, “il faut absolument un accompagnement du repreneur, sinon la valorisation baisse”. Enfin, il y a la question d’être majoritaire ou minoritaire. Dans le premier cas, il faut accepter de payer une prime de contrôle. Dans le second, le fait de ne pas avoir son mot à dire dans les décisions permet une acquisition à un prix proportionnellement moins élevé.


Pour en savoir plus :

Les plus-values du chef d'entreprise partant à la retraite

Céder son entreprise à un salarié : l'anticipation est de mise

Les startups se surestiment-elles au moment de lever des fonds ?

Cinq levées de fonds records dans la tech française



Contact :

Victor Dumortier, Managing Director de Priam Partners

vdumortier@priam-partners.com
CarteFinancement © 2012  |